Chien et langage corporel. Les règles pour mieux se comprendre !

Chien et langage corporel. Les règles pour mieux se comprendre !

 Dunia Rahwan

 

La magie du langage corporel

La grande majorité des problèmes relationnels que nous avons avec notre chien provient d’un profond manque de communication. Très souvent, nous ne sommes pas en mesure de les comprendre et nous faisons peu d'efforts pour le faire, alors qu'eux, ils nous observent depuis des millénaires, ils nous étudient et de fait, ils comprennent dans le moindre détail nos émotions et nos intentions. Nous, en comparaison, nous sommes vraiment nuls ! Et j’inclus dans ce raisonnement ceux d’entre nous qui affirment "J'ai toujours vécu avec des chiens" ou "J'ai été bénévole dans un chenil pendant des années". Nous faisons tous ou presque beaucoup trop d'erreurs dans la compréhension de ce que notre chien exprime alors que ce dernier est si précis dans sa manière de communiquer. Nous ne commençons à les écouter que lorsqu'ils nous inspirent de la peur en aboyant, en grognant, en griffant et même en mordant. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous suspectons la présence d'un malentendu...

Que veux-tu me dire  ?

En général, nous utilisons la voix pour exprimer nos pensées, nos émotions, nos désirs; nous verbalisons chaque concept à outrance et de fait, nous utilisons un type de communication qui est étranger aux chiens. Ce qui est merveilleux, c'est que le chien peut comprendre le langage verbal et répondre de manière cohérente à nos demandes, par exemple lorsque nous le rappelons à l’ordre ou lui demandons de ne pas bouger et de nous attendre. En revanche, l'un des canaux de communication préférés du chien est l'odorat, soit un sens auquel nous ne sommes pas du tout préparés : en reniflant le derrière ou l'urine d'un autre chien, notre chien effectue un examen complet de son sexe, de sa santé, de son état émotionnel et de je ne sais quoi encore, alors que le nez humain peine à distinguer les odeurs, sauf lorsqu'elles sont particulièrement désagréables ou enivrantes. En étudiant le comportement des chiens, je me suis donc rendu compte que pour nous aider à mieux communiquer avec notre chien et à le comprendre, il fallait que je me concentre sur d'autres façons de communiquer.

 La voix exprime de l’émotion

Je vous propose de faire le test qui consiste à dire à voix haute la phrase "Viens ici", précédée du nom de notre chien, en utilisant trois tons émotionnels différents : ton neutre, ton affirmatif comme s'il s'agissait d'un ordre, ou alors ton accueillant comme quand on prend une petite voix pour parler à un enfant. Notre chien comprend parfaitement qu'il reçoit trois messages différents, même si ce sont toujours les mêmes mots qui sont utilisés, et il réagit différemment selon l'intonation de la phrase. Dans le premier cas, le ton neutre, il est probable que notre chien ne s’intéresse guère à ce qu’on lui dit et continue de s'occuper de ses affaires ; avec le ton affirmatif, le chien comprend que nous sommes en colère et préfère se tenir à l'écart d'éventuels problèmes ; en revanche, un ton accueillant, joyeux et insouciant invite notre chien à s'approcher car il titille sa curiosité innée et sa prédisposition à venir vers nous. Et tout cela est possible alors qu’en fait, notre chien ne connaît pas les mots "viens" et "ici" ou ce qu'ils signifient ensemble. Exploiter l'osmose émotionnelle dans la communication verbale permet d'obtenir de magnifiques réponses collaboratives, même en utilisant des mots que le chien ne connaît pas. 

Laissons notre corps s’exprimer

La meilleure voie de communication entre nous et notre chien se base sur la notion de proxémique, soit la science qui analyse les messages véhiculés par le corps, ou plutôt par la position qu'il adopte par rapport à l'environnement et aux autres individus, par la façon dont le corps se déplace et la distance qu'il prend par rapport à quelqu'un ou quelque chose. Notre chien communique avec son corps et exprime beaucoup de choses avec une précision géométrique ! Nous aussi, nous parlons avec notre corps, mais nous y prêtons moins d'attention car nous sommes plus attentifs à ce que nous entendons et nous voyons. Nous pouvons toutefois apprendre à utiliser la proxémique pour communiquer de façon plus claire et plus naturelle avec notre chien. Il faut savoir que les chiens sont d'excellents observateurs de notre proxémique et de fait, il est dommage que le langage de notre corps exprime exactement l’inverse de ce que nous voulons lui communiquer, comme lorsque nous l’appelons quand il est en laisse. Si le chien s'éloigne et que nous essayons de l'appeler en allant vers lui, nous lui disons en fait que c'est nous qui le rejoindrons, de sorte que le chien n'a pas besoin de faire marche arrière et continue dans sa direction. Si, par contre, nous le rappelons et, lorsqu'il nous regarde, nous partons dans l'autre sens, nous lui disons "Moi, je m'en vais. Toi, tu restes ici tout seul ou tu viens avec moi ?". C’est alors que le chien viendra vers nous.

Expression du corps et mouvement

J’adore observer la communication proxémique qu'utilisent les chiens que je rencontre car ils ressemblent à des danseurs exécutant une chorégraphie compliquée. Cependant, il y a des comportements simples effectués aussi bien par les chiens que par nous-mêmes qui ont un sens très précis en fonction de la position adoptée : se positionner devant quelqu’un communique l'affirmation de soi et la menace, se positionner de biais exprime une intention pacifique et amicale alors que se positionner aux côtés de quelqu’un montre l'alliance, l'intérêt et une prédisposition à l'interaction. Dans le cas du chien, s’il est positionné derrière son maître ou un autre chien, il délègue toute responsabilité; au contraire, s'il veut protéger quelque chose ou quelqu'un, il se positionne devant comme pour faire barrage ; si par contre il désire rompre la communication, il tourne le dos et s'éloigne. La position du chien par rapport à l'environnement a également une grande importance, et je le constate tous les jours avec mes deux chiens, Vilma et Dustyboy. Ma vieille Vilma au grand cœur est du genre timide, et pour se détendre dans un environnement inconnu, il lui faut sa couverture posée sur le sol dans un endroit calme et de préférence éloigné du reste du groupe social, tandis que Dustyboy est le Labrador classique et arrogant, si confiant et intrépide qu'il s'endort sur le ventre pendant un déjeuner dominical dans une pizzeria où règne le bruit (histoire vraie !). 

Un autre aspect crucial de la proxémique est le mouvement. Pour en comprendre l'importance, faites un test avec un ami : tenez-vous à trois mètres de lui, fixez-le dans les yeux et approchez-vous rapidement et en ligne droite jusqu'à arriver à quelques centimètres de lui, puis demandez-lui s'il a ressenti un sentiment de menace et de malaise. La trajectoire du mouvement est extrêmement importante lors d’une rencontre entre deux inconnus : alors qu’une trajectoire frontale inspire la peur, une trajectoire sinueuse envoie un message de paix, du style "j'arrive et j'ai de bonnes intentions". La vitesse du mouvement joue également un rôle : une approche calme détend l'interlocuteur, tandis qu'une vitesse trop élevée est source de préoccupation.

Distance sociale

Dans la communication proxémique, les distances suivent une loi non écrite : tout est lié à la connaissance et la confiance mutuelle. Habituellement, les chiens n'acceptent le contact physique qu’avec leurs amis, avec lesquels ils partagent également une réponse s'ils entrent dans la sphère intime. Cependant, lorsqu’ils ne se connaissent pas, la communication entre eux se fait principalement à distance par le biais de la proxémie, ce qui permet d'éviter les conflits inutiles. Souvent, les chiens sont en difficulté parce que les distances sociales ne sont pas respectées, surtout dans les villes où l'espace est limité et où règne l'habitude étrange des gens qui s'approchent des chiens pour les toucher. Mettons-nous à leur place : serions-nous heureux si des étrangers ne cessaient de nous harceler ? Je suis sûr que nous ne le serions pas, mais pour une raison étrange, nous sommes convaincus que tous les chiens, sans distinction, veulent être caressés par le premier qui passe. Il y a certes des chiens qui sont plus câlins et sociables, tout comme les humains, mais le plus souvent, nous entretenons, comme eux, une bonne dose de méfiance et de distance qui s'estompe au fur et à mesure que nous apprenons à connaître l’autre.

 

Comme un garde du corps

Lorsqu'un chien est réactif ou au contraire très craintif, il est important d'utiliser la communication proxémique pour le tenir à distance de la source d’inquiétude. Par exemple, quand notre chien tenu en laisse menace un autre chien, un joggeur ou un passant, c’est qu’il n’est pas tranquille et pour cela, il se comporte de façon plus ou moins agressive pour maintenir le problème à distance et éviter la rencontre. Cela se produit lorsque notre chien se sent seul face aux difficultés. Dans ce cas-là, nous pouvons utiliser la communication proxémique pour lui faire comprendre que nous prenons en charge le danger, qu'il soit réel ou seulement perçu. Pour ce faire, il suffit de s'interposer entre notre chien et la source de préoccupation jusqu'à ce que l'urgence soit passée : "Je m'en occupe, tout va bien, détends-toi".

Le même principe s'applique lorsque des invités viennent nous rendre visite et que le chien pense que c'est son rôle de protéger la famille, la maison et lui-même ; le malentendu survient quand on permet au chien d’être présent au moment d'accueillir les invités, peut-être même en l'encourageant quand on lui dit "Qui est là ? Qui est là ?". Nous sommes convaincus que cela va transformer notre chien en parfait groom d’hôtel, mais s’il est méfiant ou surprotecteur, cela revient à activer en lui une bombe prête à exploser car il endosse à ce moment-là la veste d’un videur de boîte de nuit qui veut non seulement contrôler l’invité indésirable qui se trouve en face de lui, mais surtout le chasser de la maison. Pour cela, lorsqu'une personne étrangère entre dans la maison, nous devons demander à notre chien de rester derrière nous et nous devrons l'autoriser à aller à la rencontre du nouvel arrivant que lorsqu'il a une attitude calme et contrôlée. Nous agirons de fait comme un médiateur de la relation et nous cautionnerons la présence de l'invité dans la maison. À chacun son rôle !

 

Expérimenter, observer

L'utilisation de la proxémique exige une bonne dose de patience et de sens de l'observation. Avec le temps et l'entraînement, nous commencerons à comprendre les messages infinis exprimés par le corps et nous apprendrons à les reproduire pour nous faire comprendre. C'est le chien qui nous enseignera le paradigme de la proxémique. Dans ce cas précis, nous sommes les élèves et les chiens sont les maîtres, alors ayons confiance en eux et oublions un instant que nous possédons des mains et que nous sommes des primates. Pour mettre notre chien à l'aise et comprendre son langage, il faut se déplacer comme lui et réfléchir soigneusement à chaque nuance communicative du corps. Si, comme moi, vous rêviez de parler aux animaux quand vous étiez enfant, vous pouvez désormais le faire grâce à la proxémique qui est, à mon avis, l'arme de communication la plus puissante lorsqu'il s'agit de converser avec nos meilleurs amis. 

 

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